Pierre-Arnaud Destremau.
Pricing & packaging

Pricing B2B : construire une grille tarifaire qui tient

Le pricing est la décision qui a le plus d'impact sur votre marge, et celle à laquelle on consacre le moins de temps. Voici une méthode pour arrêter de fixer ses prix à l'aveugle : régler le packaging avant le prix, choisir la bonne métrique de valeur, tenir trois paliers, et encadrer ses remises.

Publié le 13 juillet 2026 · Par Pierre-Arnaud Destremau · 8 min de lecture

Le pricing est la décision commerciale qui a le plus d'impact sur votre marge, et c'est celle à laquelle la plupart des fondateurs consacrent le moins de temps. On fixe un prix « au feeling » au lancement, on le laisse dormir deux ans, et on s'étonne que les deals se négocient toujours à la baisse. Un mauvais pricing ne se rattrape pas au closing (la conclusion de la vente) : il se paie sur chaque contrat, tous les mois, pendant des années.

Je vais être clair : je ne vais pas vous donner LE bon prix, parce qu'il n'existe pas dans l'absolu. Mais il y a une méthode pour arrêter de fixer ses prix à l'aveugle, et surtout une série d'erreurs qui coûtent cher et que je vois partout. Commençons par le packaging (la façon de découper l'offre), parce que le prix ne veut rien dire sans lui.

Le packaging avant le prix

La question « à quel prix je vends ? » vient toujours après « qu'est-ce que je vends, en combien de morceaux, et à qui ? ». Le packaging, c'est la façon dont vous découpez votre offre. Et c'est lui qui détermine si votre prix paraît juste ou arbitraire.

Trois écueils de packaging reviennent sans arrêt. L'offre unique, tout dans un seul forfait : vous laissez de l'argent sur la table avec les gros clients et vous faites fuir les petits. La sur-fragmentation, quinze options à cocher : le client ne comprend rien, n'arrive pas à décider, et le cycle de vente s'allonge. Le mauvais découpage, où vos paliers séparent des choses dont le client se fiche et regroupent ce qu'il aurait payé séparément.

La règle qui marche : découpez selon la valeur perçue et la capacité à payer, pas selon vos coûts internes. Le client ne paie pas votre effort, il paie son résultat. Si votre offre « Pro » se distingue de la « Starter » par une fonctionnalité qui vous a coûté cher à développer mais dont le client se moque, votre palier ne servira à rien.

La métrique de valeur : le vrai levier

C'est le concept que la plupart ratent. La métrique de valeur, c'est l'unité sur laquelle vous facturez : par utilisateur, par volume, par site, par transaction, par résultat. Bien choisie, elle fait que votre revenu grandit quand le client réussit. Mal choisie, vous plafonnez pendant que le client, lui, se développe.

Un exemple simple. Vous vendez un outil facturé « par entreprise cliente », prix fixe. Un client démarre à 5 utilisateurs, monte à 500 en deux ans, tire une valeur énorme de votre produit, et vous paie toujours le même montant. Vous avez raté l'expansion (la croissance du revenu sur un compte que vous avez déjà signé). Si vous aviez facturé par utilisateur actif, votre revenu aurait suivi sa croissance sans un seul appel commercial de plus.

La bonne métrique de valeur a trois qualités : elle est corrélée à la valeur que le client retire, elle est prévisible pour lui (pas de facture surprise qui le braque), et elle grandit naturellement avec son usage. Trouvez-la, et une grosse partie de votre croissance de revenu devient automatique.

Combien d'offres, et comment les ancrer

Pour la vente B2B avec commercial, trois paliers restent le format le plus robuste. Pas un, pas six. Trois. Voici pourquoi ça marche.

Le palier du milieu est celui que vous voulez vendre : la majorité des clients s'y dirige, parce que le haut paraît cher et le bas paraît limité. Le palier haut sert d'ancre : il fait paraître le milieu raisonnable, et il capte les gros clients qui, sans lui, auraient acheté le milieu en trouvant qu'ils payaient déjà beaucoup. Le palier bas sert de porte d'entrée et de point de comparaison ; il n'a pas besoin d'être rentable seul, il a besoin de rendre le milieu évident.

Ajoutez au-dessus une offre « Entreprise » sans prix affiché, sur devis. Elle capte les très gros comptes, elle vous laisse la main pour construire du sur-mesure, et elle envoie le signal que vous savez servir grand. C'est là que votre négociation se déploie vraiment, avec des leviers autres que le seul tarif catalogue.

Fixer le niveau : trois entrées, pas une

Pour poser les chiffres, croisez trois regards. Aucun ne suffit seul.

La valeur. Combien votre solution fait-elle gagner ou économiser au client, en euros ? Si vous lui faites économiser 100 000 € par an, un prix de 20 000 € est une évidence, quel que soit votre coût de production. C'est l'entrée la plus puissante et la plus négligée, parce qu'elle demande une vraie découverte client pour chiffrer l'impact réel.

Le marché. Que paient vos clients pour des solutions comparables, y compris la solution « on continue avec Excel et on ne fait rien » ? Vous n'avez pas à vous aligner, mais vous devez savoir où vous vous situez et pouvoir l'expliquer.

Le coût. Votre plancher. En dessous, vous perdez de l'argent à chaque vente. Il ne fixe pas votre prix (c'est l'erreur classique du cost-plus, le prix fondé sur les coûts plus une marge), mais il fixe votre limite.

Le prix se pose dans la fourchette entre votre coût (plancher) et la valeur perçue (plafond), en tenant compte du marché. Le cost-plus tout seul (« mes coûts + 30 % ») est la façon la plus fiable de sous-facturer une offre à forte valeur.

Encadrer les remises, ou elles vous mangeront

Une grille tarifaire sans politique de remise est une grille qui ne tient pas. Si chaque commercial accorde ce qu'il veut, votre prix affiché devient une fiction et votre marge part en lambeaux. Fixez des règles : quel niveau de remise à quel niveau de validation, et toujours contre une contrepartie (engagement plus long, paiement d'avance, volume). Une remise qui ne s'échange contre rien apprend au marché que votre prix était faux.

Suivez votre marge réelle par deal, pas seulement le chiffre signé. Un commercial qui remplit son quota à coups de -30 % ne performe pas, il détruit de la valeur en la déguisant en croissance. C'est exactement le genre de chose qui se voit quand on regarde les bons indicateurs commerciaux plutôt que le seul volume de closing.

Faites-le vivre

Dernier point, et pas le moindre : le pricing n'est pas gravé. Vous devez le réévaluer au moins une fois par an, et à chaque évolution significative de votre produit ou de votre marché. La plupart des jeunes entreprises B2B sont sous-tarifées : elles ont fixé leurs prix quand elles doutaient de leur valeur, et ne les ont jamais réajustées une fois la preuve faite. Augmenter ses prix de 15 % sur les nouveaux contrats est souvent l'action à plus fort ROI (retour sur investissement) de l'année, sans un euro de coût.

En résumé. Réglez le packaging avant le prix, choisissez une métrique de valeur qui grandit avec le client, tenez trois paliers plus une offre entreprise, fixez le niveau en croisant valeur, marché et coût, et encadrez vos remises pour de bon. Le pricing n'est pas un chiffre, c'est un système, et c'est le système qui protège votre marge quand la négociation commence.

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